La cuisinière de Mallarmé


ISBN : 2-87623-319-5
Format : 9,5 x 18
Nombre de pages : 120 p.
Prix : 9 €



La cuisinière de Mallarmé est un nouveau très joli petit livre que publient les éditions Michel de Maule dans leur collection « Je me souviens... ». En une soixantaine de pages d'un texte aux courts chapitres prolongés par un bel album photographique, Martine Rouart nous entraîne avec elle à l'assaut du 40 de la rue de Villejust. Chez Paul Valéry, son grand-père, au troisième étage, chez Julie Manet Rouart au quatrième, ou auprès de Charlotte, la cuisinière conseillée par Mallarmé...

Mais laissons d'abord Martine Rouart faire un peu d'une bien utile généalogie*. « En 1896, Charlotte fut introduite au 40 par Mallarmé pour servir les trois jeunes cousines orphelines, que le poète appelait « l'escadron ». L'une, Julie Manet, fille de Berthe Morisot et du frère d'Edouard Manet, était sa filleule. Une autre, Jeannie Gobillard, ma grand-mère, épouserait Paul Valéry. La troisième, l'aînée, Paule Gobillard, était peintre. »

Il faut encore prononcer le nom de Degas pour bien tout comprendre : « Le rôle de notre infernal Degas est immense ! Inouï ! Il marie les gens à la brochette et violemment encore ! - (mais les gens le voulaient bien.) », écrit Paul Valéry à André Fontainas le 10 février 1900. C'est lui qui en 1898 a présenté Jeannie à Paul Valéry et Julie à Ernest Rouart. Les deux mariages sont célébrés ensemble le 31 mai 1900. Louÿs est le témoin de Valéry à l'église, Gide le témoin à la mairie. Il emménage alors au milieu de toutes ces dames, dans l'immeuble imaginé en 1881 par Berthe Morisot.

Martine Rouart dresse le portrait de l'écrivain au travail clandestin et mystérieux, mais aussi du grand-père facétieux. C'est aussi le portrait, pièce à pièce, d'un lieu habité et traversé par les meilleurs esprits du siècle. « Ce qui était extraordinaire au 40, c'était la communauté que formaient des personnes de sexe, de conditions et d'âges différents. Il n'y avait pas de « murs » et c'est pour cela que moi, qui aurait dû en être exclue de par mon âge, j'ai vécu parmi eux sans barrière. » Un jour, la jeune Martine croise une drôle de figure dans l'escalier :

« Un jour, en bas de l'escalier que je descendais avec maman pour rejoindre le 23, je vis un homme grand, impressionnant, coiffé d'un béret et élégamment enroulé dans une cape qui tombait très bas sur ses jambes. Il me dit les trois petits mots idiots que les adultes intimidés ne peuvent s'empêcher de jeter rapidement à la tête des enfants et qui entraînent leur condamnation définitive et un grognement comme accueil. Maman, honteuse, me réprimanda et me révéla l'identité de ce personnage que j'avais si mal accueilli : « C'est un très grand écrivain et un grand ami de ton grand-père. Il s'appelle André Gide.» Naturellement, j'étais plus impressionnée d'avoir été peu aimable avec un ami de mon grand-père qu'avec André Gide. »

Au fil de ces pages, vives et sculptées, Martine Rouart donne aussi les clés pour comprendre cet homme citadelle, protégé par la tribu féminine du « 40 » et « miné » par les femmes que l'auteur qualifie drôlement d' « extérieures ». Dans son bureau où il « se débarrassait de tous les faux-semblant, la carapace de l'esprit et les mensonges de complaisance » pour mieux se relier à tous les « moi », et en dialogue, intensément, avec le beau sous toutes ses formes, tel est le Valéry que nous restitue Martine Rouart. Sa voix (ô l'importance de la voix pour Valéry !), même faible, nous semble proche. C'est qu'elle n'en est que mieux partagée.






(Signalons encore l'album photographique qui prolonge cette vivante évocation : album où l'on trouve encore Gide, Mallarmé, Renoir, Degas, Poulenc... et quelques pages en fac-similé du livre de recettes de Blanche Monet pour préparer les langues de chat, le Mirabeau ou le moka tels que devaient les déguster les invités du « 40 ».)



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* Voir aussi cet autre livre qui vient de paraître : Le roman des Rouart, David Haziot, Fayard, 2012, Paris et ces articles qui éclairent les liens Manet-Degas-Renoir-Lerolle-Rouart dans Le Figaro et Le Point.

P.V. en ses images, avec Benoît Peeters




Selon Benoît Peeters, Au loin s'en vont les images... par centrepompidou

Le mercredi 16 novembre à 19h au Centre Pompidou : Avec William Marx, Luc Dellisse et Jean-Christophe Cambier, Benoît Peeters évoque notamment les relations de Paul Valéry avec les peintres, son goût du dessin, son intérêt pour la photographie. Mais aussi les images, parfois encombrantes, qui s'attachent aujourd'hui au nom de l'auteur de Monsieur Teste. La comédienne Irène Jacob lit plusieurs textes de Paul Valéry.

Retrouvez l'événement sur le site internet du Centre Pompidou.

M. Billetdoux et B. Peeters sur France Inter

"En lisant, en écrivant,  cela pourrait être le titre de l’émission, c’est celui d’un livre de Julien Gracq lu et aimé par Marie Billetdoux. Pour écrire son dernier roman En s’agenouillant  publié chez Stock, elle a lu la correspondance de Paul Valéry et André Gide, publiée chez Gallimard, ainsi que la biographie de Paul Valéry, rédigée par l’écrivain et scénariste Benoît Peeters. Ce dernier a récemment publié chez Flammarion  Trois ans avec Derrida dans lequel il raconte comment il a écrit la biographie de Jacques Derrida et, entre autres, comment il a été fasciné par le livre de correspondances de Marie Billetdoux C’est encore moi qui vous écris publié chez Stock en 2010.

Les livres cités pendant l’émission :

C’est d’une phrase tirée d’une lettre d’André Gide à Paul Valéry, qu’est née l’idée du dernier livre de Marie Billetdoux En s’agenouillant. Pendant son travail d’écriture, elle découvre la biographie que Benoît Peeters a consacré à Paul Valéry, « une biographie où l’auteur prend parti, un très beau travail sur le travail de l’écrivain, sur son fardeau » (ce livre est actuellement épuisé).
Benoît Peeters cite alors les premiers livres de Paul Valéry, La soirée avec monsieur Teste, L’introduction à la méthode de Léonard de Vinci. Puis après des années où il n’écrit plus rien, vient le succès avec La jeune Parque, des essais sur Stéphane de Mallarmé, sur Degas….puis Le jounal de Catherine Pozzi."

Le miroir de la théorie

Le 10 décembre 2011 de 10h à 13h à l'ENS, 45 rue d'Ulm, 75005 Paris, amphi Rataud

« Paul Valéry, le miroir de la théorie »

Par Benedetta Zaccarello
Rapprocher le nom de Paul Valéry (1871-1945) avec les territoires de l’autobiographie peut sembler, au premier regard, un véritable paradoxe. Théoricien du « Moi = Zéro », auteur d’un anti-journalque sont les Cahiers, écrivain ayant toujours affiché son mépris du roman, comme son soupçon envers toute forme de narration, Valéry non seulement refuse de s’intéresser à l’événementiel, comme de croire en la possibilité d’un récit véridique, mais il constate souvent dans ses notes sa propre difficulté, voir son sentiment d’horreur, face à la relation – à ses yeux incompréhensible et pourtant indéniable – qui subsiste entre le sujet et la personne, entre conscience et existence. En effet, si pour Valéry « La marquise sortit à cinq heures » n’est qu’un détail inintéressant car irrémédiablement arbitraire, ce qui fait de chaque « Moi » un être dans le monde, un parcours de vie parmi tant d’autres virtuellement possibles, ne peut apparemment que tenir le rang d’une contingence sans importance.
À un regard plus attentif, la démarche valéryenne révèle cependant un rapport bien plus complexe à l’autobiographie que celui que semblent vouloir suggérer les affirmations provocatrices de l’auteur de La Jeune Parque. C’est notamment la relation à l’œuvre qui, permettant à celui qui écrit de se confronter à son image publique d’écrivain, ouvre la possibilité d’un regard rétrospectif, et, par là, d’un récit de genèse (de soi). Il en découle non seulement la notion toute valéryenne d’ego scriptor, mais tout un prisme de registres autobiographiques, sans doute hors norme, du moins pour l’époque de Valéry.
Mon exposé se propose donc d’articuler un bref excursusà travers quelques-unes des ces « anomalies » du récit de soi que Valéry pratique et théorise en même temps – des vies imaginaires (prétendues) d’autrui à la transposition de soi en théorie, en passant par le micro-récit exemplaire et par la création d’alter ego quelque peu mythiques, jusqu’à l’auto-fiction ante-litteram. De manière fort cohérente par rapport à l’épistémologie valéryenne, ces différentes formes découpent une figure qui ne se laisse percevoir que pour ainsi dire en négatif, par soustraction, en guise de calque.
Outre les Cahiers et certains textes majeurs de Valéry qui figurent désormais dans l’édition Pléiade de ses œuvres (Monsieur Teste ; Introduction à la méthode de Léonard de Vinci ; Poésie et pensée abstraite), nous nous pencherons sur la conférence « Mon œuvre et moi » récemment publiée par Michel Jarrety dans Paul Valéry, Souvenirs et réflexions, Paris, Bartillat, 2010.

Hommage d'Edmond Jaloux

(La Gazette de Lausanne du 28 juillet 1945)


(Cliquez sur l'image pour agrandir)

Journal de bord (Pagine d'Arte)

 
Tschann Libraire & Pagine d’Arte organisent une rencontre avec Martine Boivin-Champeaux et Jean Louis Schefer à l’occasion de la parution du Journal de bord de Paul Valéry, un florilège de textes et d’images des Cahiers aux éditions Pagine d’Arte, le 17 novembre à la librairie Tschann, 125, boulevard du Montparnasse, 75006 Paris.

Architetto


Deux autres livres paraissent ces jours-ci en Italie :

Eupalinos o l'architetto, édité par Barbara Scapolo, spécialiste de Valéry, Nietzsche et Cioran, avec un texte suivi de « Paradosso sull’architetto » et de lettres concernant « Eupalinos » aux éditions Mimesis.



Eupalinos o l'architetto, a cura di Barbara Scapolo,
Milan, Mimesis, 2011, 120 p., 12 €



Paul Valéry Architetto, Giorgio Pigafetta, Patricia Signorile (Prefazione di Maria Antonietta Crippa), con un inserto di 32 pagine a colori e 35 fogli dai Cahiers di Valery, Jaca Book, Milan, 2011.

Nell’opera di Paul Valéry, l’architettura ha una duplice centralità. Da un lato, rappresenta la metafora più convincente della logica costruttiva e della chiarezza ideale che devono guidare la riflessione sull’esistenza. Dall’altro lato, è quell’arte eccelsa che accoglie e custodisce il corpo dell’uomo, nell’orgoglio e nella bellezza, organizzando la materia bruta, secondo regola e numero. Su di essa, quindi, si addensano l’identità razionale e il destino vitale della civiltà. Così, guardare all’idea di architettura che Valéry esprime in pagine di raffi - nata scrittura, vuol dire guardare, da una postazione privilegiata, ad argomenti centrali nella cultura europea del Novecento. Muovendo da alcuni appunti inediti sull’architettura contenuti nei «Cahiers», gli autori propongono uno stimolante itinerario di lettura che attinge alla stessa passione per l’architettura nutrita da Valéry. Il volume è corredato da un inserto illustrativo con una selezione degli straordinari disegni dedicati da Valéry al tema dell’architettura.




(illustré de quarante-six dessins extraits des Cahiers
ainsi que de deux cahiers inédits relatifs à l'architecture)
Jaca Book, Milan, novembre 2011
256 pages, 26€
ISBN : 978-88-16-41118-0